Une roue à aubes pour faire le lien entre le passé et le futur

27/06/2017

Ce samedi 24 juin 2017, Viroinval a inauguré une roue à aubes qui alimentera en électricité le Centre culturel régional Action Sud de Nismes, et ce,  dans un souci partagé d’investir dans l’énergie verte pour l’avenir de la planète et celui de nos enfants.

Cette inauguration était symbolique à plus d’un titre. En effet, remettre en service une roue à aubes, c’est avant tout faire le lien entre le passé et le futur, c’est en quelque sorte un retour aux sources pour préparer un avenir meilleur, plus respectueux de notre planète, un bond dans le passé pour réapprendre de nos ancêtres.

Au départ de cette belle aventure, comme c’est souvent le cas, il y a une rencontre, celle qui a réuni notre ami Bruno, Baudouin SCHELLEN, Echevin des Travaux, et Fernand PLATBROOD, une figure emblématique bien connue dans la région, un passionné, fervent défenseur de l’énergie verte, un inventeur inclassable, multidisciplinaire, de la presse à briques aux éoliennes dans le jardin. Le « Monsieur Tournesol », comme on le surnomme.

Lors de cette rencontre, un « déclic » s’est produit et une idée a germé, une idée novatrice, une première dans la région : reconstruire une roue à aubes qui, à l’époque (plongée dans l’Eau Noire), produisait de l’électricité, en plein cœur du village et alimentait un moulin.

Freinée un moment par le volet financier, cette idée a pourtant continué à faire son chemin… et a repris vigueur grâce à une proposition un peu folle de Fernand pour diminuer le coût de l’opération : une roue « faite maison » livrée en kit et montée par une main-d’œuvre locale bien encadrée.

Cette proposition a suscité un enthousiasme certain tant cette idée était originale. Le projet était bel et bien relancé.

Première étape : l’installation d’une roue à aubes pédagogique, la bien-nommée « Paulette »,  imaginée et fabriquée par Fernand et son épouse Paulette (tiens, tiens,…).

Une roue que Fernand et Paulette ont d’abord montée chez eux à Cul-des-Sarts avant de la transporter en deux parties à Nismes, à proximité du moulin. Des chiffres un peu fous : 1 200 boulons à fixer, 200 planches en bois à assembler, pour un poids total de +/- trois tonnes.

L’objectif : expliquer ce que sont les énergies vertes, comment on produit de l’électricité hydraulique et, au final, montrer tout ce que la nature a de bon à nous apporter, à condition de la respecter.

Aujourd’hui, la « Paulette » est repartie pour d’autres horizons, mais l’aventure continue et passe à la vitesse supérieure… avec une vraie roue qui produit de la vraie électricité.

C’est ainsi que, le 28 septembre 2016, le Conseil communal de Viroinval a décidé à l’unanimité de passer le marché (procédure négociée sans publicité) pour l’installation de la roue à aubes dans l’Eau Noire.

La roue, avec son diamètre de 5,6 mètres pour quasi 3 mètres de large, comportera 40 pales. Le coût de son installation était estimé à la base à environ 76.000 euros TVAC, il aura couté au final, montant « all inclusive » (trappe à poissons, …) : +/- 91.000 TVAC. 

Cet investissement sera rapidement rentabilisé… Selon les premières estimations, il faudra huit petites années pour amortir la dépense.

Ce beau projet a pu voir le jour grâce, d’abord, aux certificats verts wallons, et ensuite, grâce au soutien, notamment, de la Fondation Chimay Wartoise (27.500 euros pour l’installation et 12.500 euros pour le volet pédagogique), ainsi que de l’AIEG (Intercommunale de distribution d’Electricité) pour son avance financière (40.000 euros).

Avec un débit d’eau garanti par la résurgence de l’Eau Noire, l’électricité produite (+/- 25.000 KW/H par an) alimentera le Centre culturel ; ce qui aura pour effet de réduire la note d’électricité, tout en contribuant incontestablement à réduire le recours à l’énergie fossile.

Sans compter l’attrait touristique d’un tel projet et l’impact positif en termes d’image, ainsi que le rôle à jouer par cette roue à aubes en termes de sensibilisation du grand public aux énergies renouvelables.

Une politique volontariste

Le 31 janvier 2012 déjà, la Commune, soucieuse de contribuer au développement de l’énergie durable, s’était engagée à adhérer au « Pacte des Maires », un programme européen dont l’objectif est la réduction des émissions de gaz à effet de serre. La convention sera signée le 10 févier 2012.

Viroinval a ainsi été une des premières communes de l’Entre-Sambre-et-Meuse à avoir adhéré officiellement à la Convention des Maires. Elle a rejoint ainsi un vaste réseau constitué de communes situées dans toute l’Europe (près de 5 474 communes à l’époque) ; l’objectif étant de traduire à l’échelon local les engagements décidés par l’Europe en matière de lutte contre le réchauffement climatique et de transition énergétique.

Concrètement, en signant cette Convention des Maires, la Commune s’est engagée à réduire, d’ici 2020, sa production de CO2/énergie fossile d’au moins 20 % par rapport à 1990, mais aussi, à augmenter sa production d’énergie verte dans la même proportion.

Aussi, Viroinval a été sélectionnée, en décembre 2012, comme commune pilote dans le premier programme POLLEC de Wallonie (POLitique Locale Energie Climat – subvention de 8 000 € à l’époque); un programme visant à soutenir la mise en place d’une politique locale énergie-climat.

Suite logique : la décision du Conseil communal du 28/04/2014 d’élaborer et de mettre en place d’un PAED (Plan d’Actions en faveur de l’Energie Durable) pour avoir une vue d’ensemble des actions à mener et des objectifs à atteindre pour l’ensemble du territoire afin de réduire son empreinte écologique.

Pour ce faire, une étude a été réalisée, en lien avec la volonté communale d’adopter un Plan Stratégique Transversal (PST) et, de manière générale, avec les différentes politiques mises en place depuis un certain nombre d’années déjà.

L’installation de la roue à aubes s’intègre donc dans un programme plus vaste en faveur de l’environnement, qui se concrétise par des actions mises en place sur le terrain à cette fin depuis quelques années déjà, notamment :

  • La construction récente d’un Centre administratif à basse consommation énergétique.
  • Le remplacement, par phases, des ampoules à vapeur de mercure, très énergivores, par des diodes électroluminescentes (appelés plus communément LEDs) de l’ensemble de l’éclairage public viroinvalois.
  • Un projet de thermographie aérienne des bâtiments de l’entité pour visualiser les perditions de chaleur ; ce qui permettra de mieux conseiller les habitants pour y remédier.

Sensibiliser un maximum de communes de l’Entre-Sambre-et-Meuse d’adhérer à la Convention des Maires est un enjeu majeur pour les années à venir afin de réussir ensemble la transition énergétique. C’est d’ailleurs, un des enseignements tiré de l’étude prospective « Essaimage » menée durant deux ans par le BEP (Bureau Economique de la Province de Namur), qui a réuni autour de la table de nombreux acteurs venus du public et du privé, afin de réfléchir aux perspectives du territoire (ressources, faiblesses, plan d’actions, partenariats …).

La volonté qui se dégage est de constituer dans l’arrondissement de Philippeville « Un territoire énergies durables ». 

Un outil didactique

De même, la roue à aubes servira d’outil pédagogique pour mieux comprendre le cycle de l’énergie renouvelable, tout en sensibilisant le grand public (population, écoles, touristes, …) à la nécessité de contribuer ensemble à un avenir plus vert.

Et quel meilleur moyen d’atteindre cette objectif qu’une véritable roue à aubes plongée dans l’eau fonctionnant réellement pour produire de manière écologique de l’électricité ! Le public peut voir ainsi de visu comment cela se passe.

C’est le Parc Naturel Viroin-Hermeton et son équipe qui a réalisé le panneau didactique sur le moulin de Nismes, ainsi que les modules pédagogiques à destination du public. Déjà, je les en félicite pour la qualité et la pertinence des outils proposés.

En conclusions...

Pendant longtemps, le moulin de Nismes a contribué à l’activité économique de Nismes. Aujourd’hui, après des décennies de mise à l’arrêt, il va reprendre du service en produisant de l’électricité !

Comme l’a si bien dit Fernand : « A l’époque, les anciens avaient déjà tout compris. Il y avait des moulins dans chaque patelin pour produire de l’énergie hydraulique. »

Cela est d’autant plus symbolique que nous sommes à la croisée des chemins. Il est urgent que l’Homme prenne conscience de l’impact que peut avoir son activité sur la planète bleue, et ce, sans se résigner au monde « globalisé » et à la toute puissance de l’argent.

L’heure est à l’action ! Et c’est ce que nous proposons aujourd’hui… un petit pas dans ce sens, même si beaucoup reste à faire, particulièrement dans une région comme la nôtre avec un bâti vieillissant et fort énergivore, une population à faibles revenus pour qui investir est difficile, des locataires qui ont, au final, peu de prise sur le bien qu’ils occupent, …

Alors à l’heure où TRUMP signifie le retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat, il est urgent que chacun, à son niveau, prenne ses responsabilités en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique.

« Demain sera ce que les hommes et les femmes en feront » (film « Demain »).